Livre de Vie

Le tracé spirituel des Fraternités de Jérusalem

non pas une règle mais plutôt

un tracé spirituel

Le Livre de Vie de Jérusalem, écrit par le Père Pierre-Marie Delfieux pour guider la route des frères et des sœurs de Jérusalem, est davantage qu’une règle monastique : il est un tracé spirituel qui s’adresse à tous ceux qui, sensibles à la dimension urbaine et universelle de toute vocation chrétienne, cherchent à vivre « au cœur des villes, au cœur de Dieu ».

En ramenant à la source des premières communautés chrétiennes de Jérusalem, ces pages rappellent à tous comment et pourquoi aimer, prier, travailler, accueillir et faire silence. Comment et pourquoi être chastes, pauvres, obéissants, humbles et joyeux, au cœur du monde et en Église, au rythme citadin. Un programme de vie que rappelle à lui seul le nom de Jérusalem, cité donnée par Dieu aux hommes et bâtie par les hommes pour Dieu.

Comment est-il structuré ?

Le Livre de Vie comporte trois grandes parties : « Fraternités », « Monastiques », « Jérusalem », chacune divisée en 5 chapitres. La première partie est l’affirmation des grands principes soutenant le choix de vie des fraternités : Amour, Prière, Travail, Silence, Accueil. La deuxième reprend les fondamentaux de la vie monastique : Moines et moniales, Chasteté, Pauvreté, Obéissance, Humilité. Enfin la dernière partie présente ce qui type particulièrement les Fraternités de Jérusalem : Au cœur des villes, Au cœur du monde, En Église, Jérusalem, Joie.

Sur quoi s’appuie-t-il ?

D’abord et surtout sur l’Évangile. Pour frère Pierre-Marie, Jésus est « le premier moine » : c’est lui qu’il faut sans cesse regarder et contempler. Mais le Livre de Vie, tout tissé de références bibliques, cite aussi les règles monastiques traditionnelles : celles de saint Basile et de saint Benoît ; et de nombreux auteurs spirituels. Une place particulière est donnée aux sentences des Pères du désert, ces premiers moines partis chercher Dieu dans les déserts d’Égypte, et aux citations de saints ayant inspiré frère Pierre-Marie, tel le bienheureux Charles de Foucauld.

Quand a-t-il été écrit ?

Frère Pierre-Marie l’a rédigé en 1978 à partir des intuitions qui l’ont conduit à fonder les Fraternités de Jérusalem et de l’expérience de vie des premiers frères. D’abord édité en broché en 1979, il a été publié aux Éditions du Cerf en 1981 (7e édition, 2014) ; il a, au fil des ans, été traduit et publié en 18 langues.

Lire les passages

15 chapitres pour apprendre à aimer

Fraternités

Amour

Aime.

Accueille de tout ton être l’amour que Dieu te porte le premier. Reste à jamais ancré dans cette certitude, seule capable de donner sens, force et joie à ta vie : son amour pour toi ne s’en ira pas, son alliance de paix avec toi ne sera pas ébranlée. Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance. Il a gravé ton nom sur les paumes de ses mains.

Que ton âme, jour et nuit, soit remplie de cette présence aimante du Seigneur, et tu vivras. Fort de la joie de cette habitation divine en toi et de la puissance de cet amour, tu ne faibliras pas.

Prière

Prie.

Comme Jésus priait, prie toi aussi.

Toute sa vie était orientée vers le Père, incessante offrande, écoute, hymne intérieur d’adoration, d’amour, d’action de grâce et perpétuelle intercession pour les hommes. Par la prière, il était si unifié et si uni à Dieu qu’il pouvait dire être dans le Père et le Père en lui. En ce sens, il demeure le moine parfait et donc pour toi l’unique modèle.

Plus visiblement, il a choisi des lieux et des moments privilégiés pour rendre encore plus intense et manifeste sa prière : au Temple, sur la montagne, au désert, à l’écart, ou simplement quelque part au hasard de la journée et de la route. Autant le jour que la nuit, seul ou avec ses disciples, il priait.

Par cette relation d’amour incessante et à travers ces temps et lieux privilégiés s’est épanouie sa vie filiale et a rayonné la lumière de sa Sainteté. En le voyant, on pouvait voir le Père.

Toi donc qui es ainsi le fils ou la fille du même Père, si tu veux savoir comment, pourquoi, où et quand prier, regarde Jésus et, inlassablement, fais comme lui, car lui seul peut t’apprendre à prier.

Travail

Travaille.

Par ton travail, rejoins et imite ton Dieu. Le Père, qui crée, juge et soutient le monde, travaille. Le Fils, qui s’est fait charpentier, et par sa Parole maintient l’univers, travaille. L’Esprit, qui est à l’œuvre inlassablement, renouvelant les cœurs et la face de la terre, travaille. Réjouis-toi de vivre, par le travail, à l’image de Dieu.

Pour t’associer à l’achèvement de sa création, et te soumettre la terre ; pour participer à sa rédemption en gagnant ton pain à la sueur de ton front sur l’ordre de ton Dieu, fils d’Adam, peine à travailler de tes propres mains.

Par ton labeur vis la pâque quotidienne de la peine à l’offrande, de la contrainte à l’acceptation, et passe de l’homme soumis au coopérateur filial. Que ton être ainsi unifié fasse tout pour la gloire de Dieu.

Ainsi seras-tu, par le travail, tout à la fois épanoui et purifié, solidaire des hommes et proche de ton Dieu.

Silence

Entre dans le mystère du silence.

Le but de ta vie n’est pas de te taire mais d’aimer tes frères et sœurs, de te connaître toi-même et d’accueillir ton Dieu. Tu as besoin d’apprendre à écouter, à rentrer au plus profond et à t’élever au-dessus de toi.

Le silence te convie à tout cela.
Recherche-le donc avec amour et vigilance.

Méfie-toi pourtant du faux silence :
ton silence ne doit être ni taciturne, ni renfrogné, ni disciplinaire, ni systématique, ni raide, ni endormi.

Le vrai silence ouvre à la paix, à l’adoration, à l’amour.

Vis ton silence, ne le subis pas. Tu ne l’aimeras que si tu en sais la valeur et le prix. Nulle théorie ne saurait t’en convaincre. Mais quand tu l’auras goûté, tu ne pourras plus t’en passer.

Prie donc pour demander la grâce du vrai silence dont Marie a le secret, elle qui conservait fidèlement tous ses souvenirs et les méditait en son cœur.

Accueil

Accueille et partage.

Dieu s’est fait homme pour que dans l’homme tu découvres Dieu. En accueillant les hommes, tu rencontres donc Dieu.

Qui reçoit un semblable, en effet, reçoit le Christ, et qui le reçoit ainsi, reçoit celui qui l’a envoyé.

Par là même, il rencontre réellement le Père que personne n’a jamais vu. Ainsi, l’accueil et le partage ouvrent-ils étonnamment à la contemplation de Dieu.

Or comme, également, Dieu est lui-même accueil et partage, en vivant cette exigence, tu agis comme lui et tu es aussi conduit, merveilleusement, à l’imitation de Dieu.

Dieu a en toi creusé un grand espace et déposé un vrai trésor. Tu as, dès lors, le double devoir de recevoir et de donner. De partager le trésor du Royaume qui est au-dedans de toi, et d’élargir l’espace de ta tente à ceux qui sont autour de toi.

Monastiques

Moines et moniales

La vie monastique est une présence à Dieu.

Nous sommes immergés dans un mystère : avant nous, en nous, au-delà de nous, il y a Quelqu’un. Dieu est. Il est là et il parle. Il te parle et tu vis sous son regard. Le moine s’efforce de vivre en présence de cette personne par excellence qui est à la fois le «Tu» auquel s’adresse tout son amour et le «Je» qui s’adresse à lui le premier par pur amour. Dieu t’a appelé par ton nom et tu oses l’appeler de son Nom. Tu sais ton propre nom gravé sur ses mains divines et tu laisses le Seigneur graver son Nom divin sur ton propre front, attacher sa Loi à ta propre main. Pour le moine, la moniale, tout, toujours, partout est commandé par le mystère de cette omniprésence, au point que tout ce qu’il dit, pense, fait, en est transfiguré. Pour le moine, la moniale, tout est reçu. Tout est icône de Dieu. Rien ni personne ne peut se préférer à cet amour, rien n’est profane, tout est sacré – non point sacralisé mais consacré ; la moindre chose, le moindre moment, chaque événement oriente à cette Présence et invite au grand recueillement. Contacts, rencontres sont ainsi transformés, éclairés de cette lumière, transparents à cette clarté, au long du jour, tout est béni de bénédictions. Si tu es moine, pour toi Dieu est tout.

Chasteté

Ton célibat consacré ne nie pas le corps mais il l’épanouit en lui donnant son sens le plus profond et le plus ultime à la suite du Verbe fait chair nous appelant tous à devenir un seul Corps. Puisque ton corps est un temple du Saint Esprit qui est en toi et que tu ne t’appartiens pas, glorifie donc Dieu dans ton propre corps. Non seulement ton corps est pour le Seigneur, ce qui doit t’émerveiller ; mais également le Seigneur est pour ton corps, ce qui ne peut que t’enthousiasmer. Dieu demeure en toi et tu demeures en lui ; sachant ce don de Dieu vis pleinement ton don à Dieu.

Par l’amour de chasteté, ouvre-toi à la lumière et à la joie, selon la promesse que Jésus adresse aux cœurs purs qui verront Dieu. Par lui ta vie rayonnera d’une Présence, révélera le secret d’une intimité, puisera en elle-même le secret d’un dynamisme, la paix d’un épanouissement vrai.

Pauvreté

La route qui te ramène à la richesse véritable passe désormais par la pâque de pauvreté. Marche ainsi à la suite du Christ qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour t’enrichir de sa pauvreté. Dieu dirige les pauvres dans la justice et leur enseigne la route. Sachant cela, tu pourras accepter de tout perdre afin de gagner le Christ. Ta pauvreté n’est plus une théorie, ni une pratique, ni même un idéal, mais un visage : Dieu, pour toi, s’est fait pauvre en Jésus Christ. Dans la contemplation de ce visage tu comprendras le vrai sens du mystère de pauvreté.

Appuie-toi sur cette sagesse. Affermis-toi en cette espérance. Contemple ce visage pour parvenir à t’y conformer.

Et tu pourras commencer à devenir pauvre à sa suite, en acceptant, comme lui, de tout recevoir et de tout donner. De tout donner par amour et de tout recevoir dans l’humilité.

Obéissance

Ainsi l’obéissance te donnera-t-elle la joie et la paix. En obéissant, tu n’es pas rapetissé mais grandi, non pas restreint mais élargi. L’amour de Dieu habite en toi et sa volonté guidant ta vie l’apaise et la réjouit. 

L’obéissance veut t’éclairer tout entier. Ouvre-lui jusqu’au fond de ton cœur et elle rayonnera jusque sur ton visage : les ordres du Seigneur sont limpides, lumière des yeux.

Enfin, l’obéissance fera de toi un véritable fils. Dans ton cœur ouvert, disponible, libéré, le Père peut désormais parler comme à son propre fils. Et tu peux, à l’aide de cet Esprit nouveau que l’obéissance a laissé venir dans ton cœur de chair, oser l’appeler à ton tour du plus affectueux des noms que ta bouche puisse exprimer : Abba ! Père ! Fils dans le Fils, tu vois le Père, tu es écouté de lui et aimé de lui.

Humilité

Sens-toi à toute heure regardé par Dieu du haut du ciel sachant que tes actions sont toujours à découvert sous son regard et, par cette crainte, tu apprendras humblement à recevoir de Dieu le partage de sa vigilante Sainteté.

C’est une si grande grâce de vivre constamment dans la pensée de ce regard de Dieu sur toi. Accepte humblement d’être ainsi sondé jusqu’au cœur et percé jusqu’en tes moindres pensées, et tu seras conduit et protégé. Cherchez le Seigneur, vous, les humbles de la terre, cherchez l’humilité et vous serez peut-être à l’abri le jour de sa colère. Au-delà de toute crainte.

 Ainsi l’humilité conduit-elle à l’amour parfait.

de Jérusalem

Au cœur des villes

Sache aussi contempler les beautés et la sainteté de la cité où Dieu réside et t’a placé. Lève, au cœur de la ville, les deux bras de la louange et de l’intercession. Chaque jour, appelle sur elle sa bénédiction. Loue le Très-Haut pour toutes les saintes et tous les saints qui l’habitent et la sanctifient.

Face à tant de solitudes, de dramatiques isolements, vis parmi tes frères et sœurs la vraie solitude que la grâce de Dieu remplit de joie ; la vraie communion que la prière étend au-delà des séparations et des absences.

Au fil des jours, la ville t’éprouvera, te purifiera, te sanctifiera. Et toi, comme Dieu, tu l’épouseras. Elle a autant besoin de toi que tu as besoin d’elle. Le Seigneur lui-même revient dans la ville et veut habiter au milieu de Jérusalem !

Au cœur du monde

La recherche de Dieu, seul nécessaire, passe par l’homme, car l’homme est image de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit. En ce monde où tout passe, Dieu seul suffit ; mais Dieu s’est lui-même mis dans le monde et nous y a placés.

À la suite du Christ qui a fait de sa vie un combat incessant face aux affrontements du monde, en même temps qu’une incarnation profonde au cœur de sa réalité quotidienne, ta vocation monastique, en t’appelant à le suivre et à le servir te convie donc à quêter le visage de Dieu là où il est : au cœur du monde, et à y poursuivre le même combat que lui.

En devenant moine ou moniale, Jésus ne te demande pas d’abord de te retirer du monde, mais de te garder du Mal. Comme le Père a envoyé Jésus dans le monde, lui aussi t’envoie dans le monde. Tel est le testament du Testament du Fils de Dieu fait homme.

En Église

Cette appartenance à l’Église se marque par le lien avec l’épiscopat.

Nous n’avons pas à créer une église dans l’Église mais à être cellule d’Église dans l’Église une et sainte. Vis en cela la lettre et l’esprit consignés dans les Constitutions de ton Institut : elles sauvegardent à la fois ta spécificité monastique dans une indispensable autonomie, et marquent en même temps ton appartenance à l’Église locale par laquelle tu existes, que tu sers et dont tu es.

Jérusalem

En lisant l’Écriture, en chantant les psaumes, en méditant les prophètes, en suivant la trace du Christ, dans l’Évangile laisse-toi enseigner par « Jérusalem ». Ce nom deviendra pour toi comme une clef pour les saintes Écritures, un appel incessant à la conversion, au repentir, à la louange, à la sainteté, à la jubilation.

Tu as reçu ce nom dans le secret de ton cœur, au terme du carême de la pénitence, dans la nuit de Pâques. Tu l’as reçu officiellement, de l’Église, au terme du carême de la joie, dans la lumière de Pentecôte. Que chaque année, Jérusalem t’encourage à vivre cette double marche d’ascèse et de louange en souvenir des jours bénis où ce nom te fut donné. Dans la joie du Christ ressuscité et la Lumière de l’Esprit sanctificateur.

Joie

En vivant dans l’amour, provoque en chacun de tes frères ou sœurs et en toi l’éclosion de la joie. Deviens avec eux, par le rayonnement de la joie communautaire, le signe de la présence de Dieu qui veut te renouveler par son Amour et danser pour toi avec des cris de joie comme au jour de fête.

Rien n’attriste autant que discorde, suspicion, murmures, jalousies. Par contre, le pardon, l’entraide, la compassion, l’humilité sont source d’allégresse. Pour vivre dans la joie, vivons donc dans l’unité en mettant le comble à la joie par l’accord de nos sentiments. Demandons chaque jour pour chaque membre de la communauté la grâce de la joie. Demandez et vous recevrez, et votre joie sera parfaite.

Le Livre de Vie est actuellement traduit

en 18 langues

anglais-américain

The Jerusalem Community: Rule of Life
Saint Paul’s, 1994

allemand

Im Herzen der Städte. Lebensbuch der monastischen Gemeinschaften von Jerusalem
Herder, 2000

arabe

Patriarcat Grec Melkite, 1994

bulgare

Sofia, 1997

catalan

Jerusalem. Llibre de vida
Fundació Catalunya Cristiana, 1991

croate

Bog u srcu grada : Jeruzalem, Knjiga Života
Teovizija, 1996

espagnol

Un camino monástico en la ciudad. Jerusalén, libro de vida
Narcea, 2020

hongrois

Az élet könyve
Bences Kiodo, 1992

italien

Monaci nelle città. Libro di Vita
San Paolo, 2017

japonais

Saint-Paul, 1984

néerlandais

Monniken In De Stad levensboek van de Monastieke Gemeenschappen van Jeruzalem
Lannoo, 2003

polonais

Księga Życia Jeruzalem
Apostolicum, 2012

portugais

Jerusalém livro de vida : fraternidades monásticas de Jerusalém
A.O., 1989

roumain

Ierusalim – Carte de viaţă
Presa Bună, 1993

russe

В сердце Городов. В сердце Бога. Устав общины Иерусалим
Nayka, 1992

slovaque

Kniha života Jeruzalem
Live AID International, 2015

tchèque

Kniha života mnišského bratrstva Jeruzalém
Kartuziánské nakladatelství, 2013

vietnamien

(reprographie) Paris, 1988

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Éditeur : Cerf
Nombre de pages : 176
Date de parution : janvier 2014
ISBN : 978-2-204-10200-1

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