Edito – « Redémarrer »

« Redémarrer »

Voilà un bien vilain mot mais qui, comme une évidence, définit l’état d’esprit qui anime Jérusalem depuis les assemblées générales de juillet. 

Nouvelles constitutions, nouveau prieur général pour les frères – que vous pouvez découvrir grâce à l’entretien publié dans cette lettre – et nouvel élan pour le noviciat tant chez les sœurs que les frères : en bref, « ça redémarre »…

L’énergie et l’espérance estivales continuent d’animer les membres des communautés, émus et fiers d’avoir voté « des constitutions pour vivre », désormais soumises à l’approbation de Rome.

Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir plus avant le travail réalisé et de découvrir la réforme souhaitée par chacun des instituts, ainsi que les parties rédigées ensemble en ce qui concerne les relations entre les deux instituts et leur liturgie commune.

Après de longs mois de discernement, la réforme voulue par les sœurs et les frères peut donc commencer pour écrire l’avenir de Jérusalem.

L’équipe « Information » des Fraternités de Jérusalem.
Sœur Marie-Laure, sœur Marlene, frère Grégoire, frère Marc-Abraham
et Paul-Hervé Vintrou (membre des fraternités laïques de Jérusalem)

INTERVIEW     

Entretien avec frère Charles

Notre équipe a questionné
frère Charles,
élu prieur général des frères
en juin dernier.

  • Qui êtes-vous, quel est votre parcours ? Vos différentes fonctions dans la communauté ?

Frère Charles : Je suis originaire de Lyon et j’ai grandi dans une famille chrétienne, avec trois sœurs cadettes. L’une d’elles est porteuse d’un handicap, une réalité qui a été très formatrice et a profondément marqué mon regard sur le monde et la vie. Mon adolescence a été rythmée par la musique au conservatoire et des engagements ecclésiaux (scoutisme, service de l’autel). Après mon bac, je me suis orienté vers des études d’ingénieur. C’est durant cette période que ma vocation a mûri, notamment après un pèlerinage en Terre Sainte où j’ai redécouvert la puissance de la Parole de Dieu.
J’ai rejoint la Fraternité monastique des frères de Jérusalem en 2005 à Paris, juste après mes études. En dehors des études, j’ai pu exercer différents métiers jusqu’en 2010. 

Puis jusqu’à très récemment, j’ai eu diverses missions au service de l’Institut : j’ai été secrétaire général, formateur pour les profès temporaires, et conseiller général pendant neuf ans. J’ai également été chapelain de l’église Saint-Gervais à Paris durant cinq ans, un rôle qui m’a permis d’accompagner avec des laïcs des évolutions dans l’animation de ce lieu confié. Enfin, entre 2016 et 2018, j’ai eu la chance d’approfondir ma formation théologique dans le cadre d’une licence canonique chez les jésuites à l’IET de Bruxelles. Ce fut un temps essentiel pour relire mon expérience monastique, nourrir ma vie spirituelle et repenser ma vocation à l’aide d’une pensée théologique.

  • Ces derniers mois, vous étiez au service de l’aumônerie d’un hôpital, pourquoi avez-vous choisi ce travail et comment l’avez-vous vécu ?

L’hôpital est un lieu de soin et d’hospitalité, un lieu de salut et de vérité; on y rencontre l’humanité dans sa vulnérabilité la plus crue. En raison de mon histoire personnelle, je suis sensible à cette dimension de la fragilité. Après dix-neuf ans de vie monastique à Paris, j’avais ce besoin de rencontrer l’homme contemporain là où il est, de le servir par une écoute, un regard, une présence. Cette expérience au sein de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a été pour moi très enrichissante. En parcourant les services – de la psychiatrie aux soins intensifs, en passant par la prison interne – les chambres des patients sont devenues pour moi des « parloirs », des lieux de silence et d’écoute où ma sensibilité a été évangélisée. Les malades et leurs familles m’ont profondément humanisé. Ils ont transformé mon regard sur la souffrance, sur la mort, et cela a rejailli sur ma manière de prier et sur mon engagement de moine dans la ville.

  • En tant que frère, comment avez-vous vécu ce processus de réforme ?

Je prendrai l’image de l’émondage viticole à la fin de l’hiver : il s’agit de soigner la vigne pour qu’elle fructifie. Ce processus a été et demeure exigeant et libérant.

Exigeant, car il nous a fallu revisiter la réalité de notre vie avec humilité. Grâce à l’accompagnement ecclésial des assistants apostoliques, nous avons pu relire tous les aspects de notre existence – nos grâces, nos joies, mais aussi nos difficultés et nos erreurs. Aucune réforme n’est possible sans cette relecture, sans conversion personnelle, sans dialogue communautaire, sans le renoncement à certaines habitudes. Il faut de la patience et de la persévérance pour renouveler en profondeur notre manière de vivre et de penser.

Mais ce processus de discernement et de réforme m’apparaît aussi très libérant. On a vu une vie renouvelée monter comme la sève dans le plant, apportant un profond apaisement et une forme de réconfort. Cela a permis de libérer la parole sur des sujets que nous n’osions pas affronter et de partager des réflexions pour actualiser notre vocation en profondeur. Nous avons appris à discerner notre avenir non plus en termes d’idéal ou d’apparence, mais en accueillant la réalité de nos communautés pour y découvrir les appels de Dieu avec créativité et espérance. 

Pour l’exprimer autrement, je dirais que nos Fraternités font actuellement leur crise d’adolescence où s’entremêlent des moments de révolte et d’enthousiasme, des phases de déception et d’accomplissement. L’un ne va pas sans l’autre; ainsi va la vie.

  • Maintenant que les constitutions ont été votées, considérez-vous que le processus de réforme est clos ?

Le processus de réforme ne fait que commencer. Le travail sur les Constitutions et les textes de droit secondaire qui balisent notre vie concrète était une étape importante. Ce travail de discernement en commun jusqu’à l’élaboration des Constitutions était crucial pour renouveler en chaque frère et pour l’institut dans son ensemble le but et l’esprit de notre vocation. Mais ces textes ne peuvent rester lettre morte. Ils doivent soutenir une transformation progressive et concrète de notre vie. Ils doivent engendrer un changement de mentalité qui sera long et que nous aurons à reprendre et à transmettre de génération en génération. C’est le début d’une dynamique d’incarnation

L’interview de frère Charles continue : 
Les évolutions les plus significatives des constitutions ? Quelles sont vos priorités pour les frères ? Quelle place pour les laïcs ? Les perspectives pour les 50 ans à venir ? …

LIRE LA SUITE >

CÔTÉ SŒURS     

Les nouvelles constitutions des sœurs

L’Assemblée générale des sœurs a voté à une large majorité de nouvelles constitutions. C’est le résultat d’un travail de plusieurs années dont la lettre Discernement & Réforme s’est fait l’écho à plusieurs reprises. Nous sommes parties d’un texte, préparé par le travail des chantiers et déjà largement amendé en fraternité. Il a de nouveau été revu en petits groupes, puis en assemblée générale où les amendements étaient présentés, discutés et votés.

C’est ainsi qu’en moins de trois semaines, nous sommes parvenues à voter les 255 paragraphes des nouvelles Constitutions et à organiser un vote solennel de l’ensemble.

Quoi de neuf alors ?

Le nombre de paragraphes (255 donc dans cette version, alors que les précédentes Constitutions n’en comportaient que 74) suffit à montrer qu’elles sont plus développées et plus précises, certaines situations concrètes qui restaient auparavant soumises à l’appréciation de chacune sont ainsi clarifiées.

Cela se manifeste dès la première partie qui porte sur « le patrimoine de la Fraternité Monastique des sœurs de Jérusalem » : elle précise les « sources » et la nature de l’institut. Ce qui nous est propre – la vie dans « les réalités urbaines de ce temps » –, est défini dans son but : « y témoigner de l’absolu de Dieu et y annoncer l’Évangile du Christ par le double signe de l’amour mutuel et de la prière partagée », ainsi que dans ses lieux majeurs d’incarnation : la liturgie et le travail.

Quelle nouvelle perspective ?

Le renversement de perspective se perçoit dans l’architecture même du texte des Constitutions :

Dans la deuxième partie, intitulée « la forme de vie consacrée des sœurs de Jérusalem », l’accent est fortement mis sur les voeux, les relations fraternelles, ainsi que sur le rythme de la vie communautaire qui doit « favoriser la vie fraternelle, en tenant compte en même temps des exigences du monde du travail, du temps nécessaire aux services communautaires, à l’étude, ainsi que des besoins indispensables à l’équilibre de chaque sœur ».

Dans la partie concernant le gouvernement, il est d’abord fait mention du chapitre général qui « détient l’autorité suprême dans l’institut », et ensuite de la prieure générale, « servante de l’unité et de la communion entre les fraternités de l’institut. »

Concrètement, quelles nouveautés ?

Beaucoup de choses pourraient être pointées. Quelques nouveautés cependant à signaler plus particulièrement :

  • en ce qui concerne la formation : elle est définie comme un « chemin » qui doit permettre d’intégrer et d’unifier les trois dimensions du charisme des sœurs de Jérusalem :
    « contemplation – fraternité – relation au monde, spécialement dans sa dimension urbaine ».
  • en ce qui concerne le gouvernement : pour éviter tant l’épuisement des prieurs et responsables que la pente vers d’éventuels abus de pouvoir, il a été décidé :
      • de ramener le mandat de la prieure générale de 7 ans à 6 ans, renouvelable une fois ; et celui de la prieure locale de 5 ans à 3 ans, renouvelable une fois dans le même lieu ;
      • de renforcer le rôle du conseil qui doit donner son consentement (et non seulement son avis) pour des décisions importantes, telles l’admission d’une sœur à la profession, le passage d’une sœur d’une fraternité à une autre, ou l’érection ou la suppression d’une maison de noviciat.
  • en ce qui concerne les biens temporels : sans déroger au principe de pauvreté qui est réaffirmé, il est admis de l’assouplir dans certains cas précis : « L’institut choisit de ne pas être propriétaire de biens immeubles à l’exception de ceux qui seraient nécessaires pour prendre en charge la formation, la santé et la vieillesse des sœurs ».

Et pour la suite ?

Un vote final a demandé à la prieure générale de nommer des commissions chargées de rédiger les textes d’application : Directoire économique, Ratio formationis, livret des statuts, texte sur la liturgie commune. Ils seront rédigés et donc prêts à être amendés et votés dans un délai d’un à trois ans.

sœurs Marie-Laure et Marlene

« Ce qui fut marquant pour moi a été d’être témoin de l’action de l’Esprit Saint 
dans le cœur de chacune et dans le corps que nous formons. 
Les déplacements intérieurs, les petites et grandes conversions 
personnelles, le corps communautaire qui se construit – après les douleurs 
qui ont surgit il y a quelques années – ont été une profonde source d’espérance 
que l’Esprit nous guide, de manière à conformer toujours davantage 
nos Fraternités à la volonté de Dieu. » 
(sœur France, Montréal)

« J’ai vécu cette assemblée générale avec l’élan et la communion 
suscités par le travail mené ensemble sur le propos fondamental : 
un élan de vie, une communion fraternelle, une intelligence collective… 
bref, un travail d’engendrement, d’actualisation du charisme 
qui vient de plus loin et qui m’encourage à aller 
de l’avant en mémoire de ce que Dieu fera. » 
(sœur Stéphanie, Mont-Saint-Michel) 

« L’assemblée générale m’a permis de faire l’expérience que, 
malgré nos différences et nos parcours variés, nous sommes unies 
par la foi en Jérusalem, l’amour de notre vocation et le désir de le vivre pleinement – et qu’il nous a été donné une grâce exceptionnelle de participer à la naissance 
des Constitutions qui expriment véritablement notre appel et 
nous tracent un chemin pour le vivre en profondeur. » 
(une sœur de Varsovie)

CÔTÉ FRÈRES     

La vocation des frères : qu’est-ce qui change ?

Les textes votés cet été ont intégré 50 ans d’expérience et ont pris en compte autant les réussites que les erreurs du passé. A noter que ce projet de constitutions n’entre pas en vigueur dès aujourd’hui : il est soumis au préalable à l’approbation de Rome. Voici quelques exemples des évolutions dans ce texte des constitutions voté par les frères : 

  • Comment la vocation des frères a-t-elle été mieux définie ?

Les premières constitutions définissaient le charisme de manière succincte et renvoyaient au Livre de Vie alors que celui-ci n’était pas une règle. Les nouvelles constitutions repartent des sources et des intuitions originelles, elles précisent la manière dont vivent les frères et les finalités de leur vocation.
Le caractère propre de l’institut est articulé selon trois axes : une vocation monastique, un appel à vivre la fraternité, une ouverture au monde contemporain.
Les piliers monastiques ont été clarifiés : conversion, écoute de la Parole de Dieu, prière intérieure, silence et parole, vie communautaire et solitude…
Le travail, et notamment le travail professionnel, devient le moyen privilégié de l’ouverture des frères dans la société pour y vivre « dans et avec le monde » ; il n’y a plus d’activité pastorale communautaire, même si un frère peut collaborer individuellement à une mission pastorale avec l’accord de sa fraternité, ou l’exercer parfois comme son activité professionnelle.
L’hospitalité devient la manière dont notre vie monastique habite la ville. La place de la liturgie dans cette vie monastique est précisée dans un paragraphe commun aux frères et aux sœurs (voir ci-dessous).

  • La forme de l’institut a-t-elle changé ? 

Dans ses premières années, Jérusalem avait été pensée comme une fédération de fraternités. Le modèle a peu à peu évolué. L’assemblée générale de juillet, composée exceptionnellement de tous les frères de l’Institut a été un temps fort pour construire l’unité de l’institut et prendre conscience que nous formons tous ensemble une seule Fraternité composée de plusieurs fraternités locales solidaires entre elles. Cette expérience forte a été transposée dans le texte des constitutions. Le style fraternel des relations se veut un marqueur de l’identité de l’institut : simplicité des relations entre frères, manière de dialoguer et d’exprimer la charité, obéissance mutuelle en vue du bien commun…

  • Comment évolue le service de l’autorité ?

Le mode de gouvernement proposé renforce la participation effective de chaque frère aux processus de discernement. Le prieur local est chargé de conduire la marche commune et de veiller à l’engagement de tous. Son mandat est désormais de quatre ans (au lieu de cinq), renouvelable une seule fois. Étant donné la petite taille des fraternités, le prieur sera nommé et non plus élu. Afin que la fraternité soit pleinement associée au processus de nomination, le dispositif de dialogue et de consultation est précisément jalonné et commence six mois avant la fin du mandat précédent.

  • Et au niveau général ?

Le chapitre général est l’instance suprême de gouvernement qui élit le prieur général et son conseil. Il n’est plus composé de délégués de chaque fraternité comme auparavant, mais de tous les profès perpétuels. Le prieur général est élu pour cinq ans (au lieu de sept auparavant), renouvelable une seule fois. Il exerce son service en collaboration avec son conseil, mais désormais aussi en dialogue régulier avec l’assemblée des prieurs locaux. Il peut réunir l’assemblée générale de tous les frères pour approfondir certaines questions de fond. Il exerce son gouvernement dans un esprit de subsidiarité.

  • Quel est le style de vie pour habiter la ville ?

Le rythme de vie et le rapport au temps sont les curseurs qui règlent notre vie de moine « dans et avec » le monde contemporain. Le but consiste à préserver l’équilibre entre solitude et relations, prière et travail, vie communautaire et accueil. Sans trouver de formule magique pour résoudre les tensions générées par ce style de vie, l’assemblée générale s’est longuement penchée sur la question, soulignant la responsabilité de chaque frère – à son propre égard et à l’égard des autres. Dans cette dynamique, au retour de l’assemblée, les frères mettent dès à présent ceci en œuvre.  

  • Quelles sont les évolutions pour la formation ?

La formation initiale est confiée à un maître des novices ; celui-ci collaborera désormais avec une équipe de formation. L’implication de la communauté locale dans le chemin de formation est renforcée. La charte de formation a été approuvée par l’Assemblée générale ad experimentum. Elle clarifie les étapes qui sont largement ouvertes à des ressources externes à la communauté  et diversifiées. 
La formation continue est destinée à approfondir la vocation de chaque frère tout au long de sa vie. Elle est coordonnée et stimulée par un modérateur de la formation continue.

  • Quelles sont les options pour la gestion des biens et la protection sociale ?

L’administration des biens doit être réalisée en toute transparence et au service de la vocation, en développant les solidarités entre les fraternités. L’économe général et les économes de fraternité doivent associer une équipe de laïcs et s’appuyer sur leurs compétences.  Les budgets prévisionnels doivent être approuvés par le chapitre.
Les premières années de la réforme ont vu la création d’un conseil pour les affaires économiques et sociales, impliquant des experts compétents, accompagnant l’institut et les fraternités locales. Il fournit au prieur général des avis sur les choix économiques et la protection sociale. Le chapitre des frères a souhaité pérenniser cette structure déjà porteuse de fruits.
Les salaires du travail des frères constituent les ressources principales de la Fraternité. Jusqu’alors, l’institut ne pouvait pas posséder de biens immobiliers. Tout en maintenant l’esprit de pauvreté communautaire, et pour faire face aux besoins futurs en matière de vieillesse et de formation, l’institut pourra désormais recourir à la capitalisation, à l’acquisition de biens immobiliers ou à l’appel de dons et legs. Un Directoire économique précise les orientations, ainsi que les règles de transparence et de rigueur de gestion ; une première rédaction a été validée par l’assemblée générale et constitue une feuille de route pour la gestion des biens ; elle sera peu à peu complétée.

frères Grégoire et Marc-Abraham

« Un des points qui m’a le plus marqué dans la démarche mise en œuvre 
pour rédiger nos nouvelles Constitutions, c’est l’écoute. 
L’écoute de l’Esprit Saint, l’écoute de l’Église, l’écoute de nos supérieurs 
et de chacun de nos frères. Cette écoute a permis que nous soyons 
dans un grand climat d’unité, de paix et de joie. »
(frère François-Marie, Strasbourg)

«  Lors de notre dernière Assemblée Générale, j’était surpris 
de voir l’attention portée à chaque frère, dans la prise 
en compte de son avis personnel. Chacun des participants 
a pu exprimer son avis et sa pensée, en les justifiant, jusqu’ à la 
dernière phase du processus de décision. Un grand merci à notre 
animateur, qui a su, avec patience, nous conduire, nous motiver, nous 
faire prendre du recul ; je n’oublie pas l’équipe d’animation et celle de 
rédaction, car, l’évolution de nos travaux, les a contraints 
parfois à des heures de travail en soirée, après des journées déjà 
bien remplies. A tous et à chacun va ma gratitude ! » 
(frère Matteo, Vézelay)

« La possibilité pour tous les frères profès d’être présents a été 
un élément vraiment décisif et très formateur. Cela nous a donné 
une conscience nouvelle de la responsabilité de chacun, et du corps communautaire que nous formons. Je crois que nous avons vécu cela 
comme une expérience spirituelle, au sens fort d’une présence de 
l’Esprit Saint que nous sentions à l’œuvre, en train de créer notre unité, construisant sur le vif ce petit bout d’Église que nous sommes. »  
(frère Charles-Marie, Florence)

EN COMMUN     

Deux paragraphes communs aux frères et aux sœurs

Comment évolue la relation entre les frères et les sœurs ?

L’institut des frères et celui des sœurs ont désormais des constitutions bien différentes, élaborées distinctement et en dialogue. Chaque institut a conduit son travail d’élaboration selon ses enjeux propres. Par delà ces chemins différents, les convergences essentielles demeurent, tout en respectant le style propre aux frères ou aux sœurs. 

Mais plus encore, cette distinction permet enfin d’aborder clairement les processus de collaboration entre les deux instituts selon le principe de l’altérité et de la reconnaissance mutuelle. Pour les décisions communes aux deux instituts ou à deux fraternités sur le même lieu, un directoire ad experimentum propose les processus pour aboutir à des décisions partagées.

Deux paragraphes emblématiques ont été élaborés et votés conjointement par les sœurs et les frères : celui qui développe les modalités de leur communion, et celui qui concerne la liturgie. Ces deux paragraphes s’insèrent à l’identique dans leurs deux constitutions.

Quel est le contenu du texte commun sur la communion entre les frères et les soeurs ?

En voici quelques citations : 

La communion entre les frères et les sœurs s’exprime dans le nom de « Fraternités monastiques de Jérusalem ». Le don de la fraternité universelle dans le Christ ressuscité en est le fondement. Respectant les spécificités des sœurs d’une part et des frères d’autre part, les deux Instituts s’exercent à accueillir leur altérité, pour progresser dans une juste communion. Cette communion se réalise par des relations mutuelles, par la collaboration dans certains domaines, et dans la célébration liturgique. Ces relations sont vécues dans un esprit simple, fraternel et chaste, dans une proximité respectant une juste altérité, dans un esprit de reconnaissance, de gratuité et d’ouverture. L’accueil et le partage des dons réciproques peuvent conduire à la découverte de nouveaux chemins et à un enrichissement mutuel.

Et concernant la liturgie ?

Voici quelques extraits du texte commun sur la liturgie : 

L’Eucharistie, “source et sommet de toute vie chrétienne”, est le lieu où se réalise au mieux la communion des frères, des sœurs et des fidèles avec le Christ et entre eux. Elle les engage dans un chemin d’offrande et de sanctification. Elle construit le lien d’unité, de solidarité et de fraternité qui s’étend à toute l’humanité. (…)

Les frères et les sœurs assument ainsi leur mission de louange et d’intercession pour et avec leurs contemporains, et ils désirent entrer avec eux toujours davantage dans le mystère d’alliance avec Dieu. Ainsi vécue, la liturgie anime et informe leur vie et leur relation au monde. Elle jalonne leur chemin d’unification intérieure et soutient leur pèlerinage sur la terre. (…)

Les frères et les sœurs célèbrent la liturgie ensemble avec les fidèles, tournés vers l’autel, manifestant par là visiblement que toute leur existence est orientée et tendue vers le Christ. L’assemblée ainsi constituée devient le signe du peuple de Dieu où tous, baptisés en Christ, sont appelés à la sainteté. (…)

Tout en demeurant enracinés dans la liturgie romaine issue de Vatican II, les frères avec les sœurs puisent dans les richesses liturgiques de l’Orient et de l’Occident. Ils chantent autant que possible en polyphonie. Les frères et les sœurs célèbrent la liturgie dans le respect de leurs ministères et de leurs compétences. Ils honorent ainsi leur volonté de cheminer ensemble vers l’unité en harmonisant et en valorisant leurs diversités.

© 2025 Fraternités Monastiques de Jérusalem  
Lettre d’information « Discernement & réforme » – [email protected]

Edito – « Redémarrer »

« Redémarrer »

Voilà un bien vilain mot mais qui, comme une évidence, définit l’état d’esprit qui anime Jérusalem depuis les assemblées générales de juillet. 

Nouvelles constitutions, nouveau prieur général pour les frères – que vous pouvez découvrir grâce à l’entretien publié dans cette lettre – et nouvel élan pour le noviciat tant chez les sœurs que les frères : en bref, « ça redémarre »…

L’énergie et l’espérance estivales continuent d’animer les membres des communautés, émus et fiers d’avoir voté « des constitutions pour vivre », désormais soumises à l’approbation de Rome.

Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir plus avant le travail réalisé et de découvrir la réforme souhaitée par chacun des instituts, ainsi que les parties rédigées ensemble en ce qui concerne les relations entre les deux instituts et leur liturgie commune.

Après de longs mois de discernement, la réforme voulue par les sœurs et les frères peut donc commencer pour écrire l’avenir de Jérusalem.

L’équipe « Information » des Fraternités de Jérusalem.
Sœur Marie-Laure, sœur Marlene, frère Grégoire, frère Marc-Abraham
et Paul-Hervé Vintrou (membre des fraternités laïques de Jérusalem)

INTERVIEW     

Entretien avec frère Charles

Notre équipe a questionné
frère Charles,
élu prieur général des frères
en juin dernier.

  • Qui êtes-vous, quel est votre parcours ? Vos différentes fonctions dans la communauté ?

Frère Charles : Je suis originaire de Lyon et j’ai grandi dans une famille chrétienne, avec trois sœurs cadettes. L’une d’elles est porteuse d’un handicap, une réalité qui a été très formatrice et a profondément marqué mon regard sur le monde et la vie. Mon adolescence a été rythmée par la musique au conservatoire et des engagements ecclésiaux (scoutisme, service de l’autel). Après mon bac, je me suis orienté vers des études d’ingénieur. C’est durant cette période que ma vocation a mûri, notamment après un pèlerinage en Terre Sainte où j’ai redécouvert la puissance de la Parole de Dieu.
J’ai rejoint la Fraternité monastique des frères de Jérusalem en 2005 à Paris, juste après mes études. En dehors des études, j’ai pu exercer différents métiers jusqu’en 2010. 

Puis jusqu’à très récemment, j’ai eu diverses missions au service de l’Institut : j’ai été secrétaire général, formateur pour les profès temporaires, et conseiller général pendant neuf ans. J’ai également été chapelain de l’église Saint-Gervais à Paris durant cinq ans, un rôle qui m’a permis d’accompagner avec des laïcs des évolutions dans l’animation de ce lieu confié. Enfin, entre 2016 et 2018, j’ai eu la chance d’approfondir ma formation théologique dans le cadre d’une licence canonique chez les jésuites à l’IET de Bruxelles. Ce fut un temps essentiel pour relire mon expérience monastique, nourrir ma vie spirituelle et repenser ma vocation à l’aide d’une pensée théologique.

  • Ces derniers mois, vous étiez au service de l’aumônerie d’un hôpital, pourquoi avez-vous choisi ce travail et comment l’avez-vous vécu ?

L’hôpital est un lieu de soin et d’hospitalité, un lieu de salut et de vérité; on y rencontre l’humanité dans sa vulnérabilité la plus crue. En raison de mon histoire personnelle, je suis sensible à cette dimension de la fragilité. Après dix-neuf ans de vie monastique à Paris, j’avais ce besoin de rencontrer l’homme contemporain là où il est, de le servir par une écoute, un regard, une présence. Cette expérience au sein de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a été pour moi très enrichissante. En parcourant les services – de la psychiatrie aux soins intensifs, en passant par la prison interne – les chambres des patients sont devenues pour moi des « parloirs », des lieux de silence et d’écoute où ma sensibilité a été évangélisée. Les malades et leurs familles m’ont profondément humanisé. Ils ont transformé mon regard sur la souffrance, sur la mort, et cela a rejailli sur ma manière de prier et sur mon engagement de moine dans la ville.

  • En tant que frère, comment avez-vous vécu ce processus de réforme ?

Je prendrai l’image de l’émondage viticole à la fin de l’hiver : il s’agit de soigner la vigne pour qu’elle fructifie. Ce processus a été et demeure exigeant et libérant.

Exigeant, car il nous a fallu revisiter la réalité de notre vie avec humilité. Grâce à l’accompagnement ecclésial des assistants apostoliques, nous avons pu relire tous les aspects de notre existence – nos grâces, nos joies, mais aussi nos difficultés et nos erreurs. Aucune réforme n’est possible sans cette relecture, sans conversion personnelle, sans dialogue communautaire, sans le renoncement à certaines habitudes. Il faut de la patience et de la persévérance pour renouveler en profondeur notre manière de vivre et de penser.

Mais ce processus de discernement et de réforme m’apparaît aussi très libérant. On a vu une vie renouvelée monter comme la sève dans le plant, apportant un profond apaisement et une forme de réconfort. Cela a permis de libérer la parole sur des sujets que nous n’osions pas affronter et de partager des réflexions pour actualiser notre vocation en profondeur. Nous avons appris à discerner notre avenir non plus en termes d’idéal ou d’apparence, mais en accueillant la réalité de nos communautés pour y découvrir les appels de Dieu avec créativité et espérance. 

Pour l’exprimer autrement, je dirais que nos Fraternités font actuellement leur crise d’adolescence où s’entremêlent des moments de révolte et d’enthousiasme, des phases de déception et d’accomplissement. L’un ne va pas sans l’autre; ainsi va la vie.

  • Maintenant que les constitutions ont été votées, considérez-vous que le processus de réforme est clos ?

Le processus de réforme ne fait que commencer. Le travail sur les Constitutions et les textes de droit secondaire qui balisent notre vie concrète était une étape importante. Ce travail de discernement en commun jusqu’à l’élaboration des Constitutions était crucial pour renouveler en chaque frère et pour l’institut dans son ensemble le but et l’esprit de notre vocation. Mais ces textes ne peuvent rester lettre morte. Ils doivent soutenir une transformation progressive et concrète de notre vie. Ils doivent engendrer un changement de mentalité qui sera long et que nous aurons à reprendre et à transmettre de génération en génération. C’est le début d’une dynamique d’incarnation

L’interview de frère Charles continue : 
Les évolutions les plus significatives des constitutions ? Quelles sont vos priorités pour les frères ? Quelle place pour les laïcs ? Les perspectives pour les 50 ans à venir ? …

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CÔTÉ SŒURS     

Les nouvelles constitutions des sœurs

L’Assemblée générale des sœurs a voté à une large majorité de nouvelles constitutions. C’est le résultat d’un travail de plusieurs années dont la lettre Discernement & Réforme s’est fait l’écho à plusieurs reprises. Nous sommes parties d’un texte, préparé par le travail des chantiers et déjà largement amendé en fraternité. Il a de nouveau été revu en petits groupes, puis en assemblée générale où les amendements étaient présentés, discutés et votés.

C’est ainsi qu’en moins de trois semaines, nous sommes parvenues à voter les 255 paragraphes des nouvelles Constitutions et à organiser un vote solennel de l’ensemble.

Quoi de neuf alors ?

Le nombre de paragraphes (255 donc dans cette version, alors que les précédentes Constitutions n’en comportaient que 74) suffit à montrer qu’elles sont plus développées et plus précises, certaines situations concrètes qui restaient auparavant soumises à l’appréciation de chacune sont ainsi clarifiées.

Cela se manifeste dès la première partie qui porte sur « le patrimoine de la Fraternité Monastique des sœurs de Jérusalem » : elle précise les « sources » et la nature de l’institut. Ce qui nous est propre – la vie dans « les réalités urbaines de ce temps » –, est défini dans son but : « y témoigner de l’absolu de Dieu et y annoncer l’Évangile du Christ par le double signe de l’amour mutuel et de la prière partagée », ainsi que dans ses lieux majeurs d’incarnation : la liturgie et le travail.

Quelle nouvelle perspective ?

Le renversement de perspective se perçoit dans l’architecture même du texte des Constitutions :

Dans la deuxième partie, intitulée « la forme de vie consacrée des sœurs de Jérusalem », l’accent est fortement mis sur les voeux, les relations fraternelles, ainsi que sur le rythme de la vie communautaire qui doit « favoriser la vie fraternelle, en tenant compte en même temps des exigences du monde du travail, du temps nécessaire aux services communautaires, à l’étude, ainsi que des besoins indispensables à l’équilibre de chaque sœur ».

Dans la partie concernant le gouvernement, il est d’abord fait mention du chapitre général qui « détient l’autorité suprême dans l’institut », et ensuite de la prieure générale, « servante de l’unité et de la communion entre les fraternités de l’institut. »

Concrètement, quelles nouveautés ?

Beaucoup de choses pourraient être pointées. Quelques nouveautés cependant à signaler plus particulièrement :

  • en ce qui concerne la formation : elle est définie comme un « chemin » qui doit permettre d’intégrer et d’unifier les trois dimensions du charisme des sœurs de Jérusalem :
    « contemplation – fraternité – relation au monde, spécialement dans sa dimension urbaine ».
  • en ce qui concerne le gouvernement : pour éviter tant l’épuisement des prieurs et responsables que la pente vers d’éventuels abus de pouvoir, il a été décidé :
      • de ramener le mandat de la prieure générale de 7 ans à 6 ans, renouvelable une fois ; et celui de la prieure locale de 5 ans à 3 ans, renouvelable une fois dans le même lieu ;
      • de renforcer le rôle du conseil qui doit donner son consentement (et non seulement son avis) pour des décisions importantes, telles l’admission d’une sœur à la profession, le passage d’une sœur d’une fraternité à une autre, ou l’érection ou la suppression d’une maison de noviciat.
  • en ce qui concerne les biens temporels : sans déroger au principe de pauvreté qui est réaffirmé, il est admis de l’assouplir dans certains cas précis : « L’institut choisit de ne pas être propriétaire de biens immeubles à l’exception de ceux qui seraient nécessaires pour prendre en charge la formation, la santé et la vieillesse des sœurs ».

Et pour la suite ?

Un vote final a demandé à la prieure générale de nommer des commissions chargées de rédiger les textes d’application : Directoire économique, Ratio formationis, livret des statuts, texte sur la liturgie commune. Ils seront rédigés et donc prêts à être amendés et votés dans un délai d’un à trois ans.

sœurs Marie-Laure et Marlene

« Ce qui fut marquant pour moi a été d’être témoin de l’action de l’Esprit Saint 
dans le cœur de chacune et dans le corps que nous formons. 
Les déplacements intérieurs, les petites et grandes conversions 
personnelles, le corps communautaire qui se construit – après les douleurs 
qui ont surgit il y a quelques années – ont été une profonde source d’espérance 
que l’Esprit nous guide, de manière à conformer toujours davantage 
nos Fraternités à la volonté de Dieu. » 
(sœur France, Montréal)

« J’ai vécu cette assemblée générale avec l’élan et la communion 
suscités par le travail mené ensemble sur le propos fondamental : 
un élan de vie, une communion fraternelle, une intelligence collective… 
bref, un travail d’engendrement, d’actualisation du charisme 
qui vient de plus loin et qui m’encourage à aller 
de l’avant en mémoire de ce que Dieu fera. » 
(sœur Stéphanie, Mont-Saint-Michel) 

« L’assemblée générale m’a permis de faire l’expérience que, 
malgré nos différences et nos parcours variés, nous sommes unies 
par la foi en Jérusalem, l’amour de notre vocation et le désir de le vivre pleinement – et qu’il nous a été donné une grâce exceptionnelle de participer à la naissance 
des Constitutions qui expriment véritablement notre appel et 
nous tracent un chemin pour le vivre en profondeur. » 
(une sœur de Varsovie)

CÔTÉ FRÈRES     

La vocation des frères : qu’est-ce qui change ?

Les textes votés cet été ont intégré 50 ans d’expérience et ont pris en compte autant les réussites que les erreurs du passé. A noter que ce projet de constitutions n’entre pas en vigueur dès aujourd’hui : il est soumis au préalable à l’approbation de Rome. Voici quelques exemples des évolutions dans ce texte des constitutions voté par les frères : 

  • Comment la vocation des frères a-t-elle été mieux définie ?

Les premières constitutions définissaient le charisme de manière succincte et renvoyaient au Livre de Vie alors que celui-ci n’était pas une règle. Les nouvelles constitutions repartent des sources et des intuitions originelles, elles précisent la manière dont vivent les frères et les finalités de leur vocation.
Le caractère propre de l’institut est articulé selon trois axes : une vocation monastique, un appel à vivre la fraternité, une ouverture au monde contemporain.
Les piliers monastiques ont été clarifiés : conversion, écoute de la Parole de Dieu, prière intérieure, silence et parole, vie communautaire et solitude…
Le travail, et notamment le travail professionnel, devient le moyen privilégié de l’ouverture des frères dans la société pour y vivre « dans et avec le monde » ; il n’y a plus d’activité pastorale communautaire, même si un frère peut collaborer individuellement à une mission pastorale avec l’accord de sa fraternité, ou l’exercer parfois comme son activité professionnelle.
L’hospitalité devient la manière dont notre vie monastique habite la ville. La place de la liturgie dans cette vie monastique est précisée dans un paragraphe commun aux frères et aux sœurs (voir ci-dessous).

  • La forme de l’institut a-t-elle changé ? 

Dans ses premières années, Jérusalem avait été pensée comme une fédération de fraternités. Le modèle a peu à peu évolué. L’assemblée générale de juillet, composée exceptionnellement de tous les frères de l’Institut a été un temps fort pour construire l’unité de l’institut et prendre conscience que nous formons tous ensemble une seule Fraternité composée de plusieurs fraternités locales solidaires entre elles. Cette expérience forte a été transposée dans le texte des constitutions. Le style fraternel des relations se veut un marqueur de l’identité de l’institut : simplicité des relations entre frères, manière de dialoguer et d’exprimer la charité, obéissance mutuelle en vue du bien commun…

  • Comment évolue le service de l’autorité ?

Le mode de gouvernement proposé renforce la participation effective de chaque frère aux processus de discernement. Le prieur local est chargé de conduire la marche commune et de veiller à l’engagement de tous. Son mandat est désormais de quatre ans (au lieu de cinq), renouvelable une seule fois. Étant donné la petite taille des fraternités, le prieur sera nommé et non plus élu. Afin que la fraternité soit pleinement associée au processus de nomination, le dispositif de dialogue et de consultation est précisément jalonné et commence six mois avant la fin du mandat précédent.

  • Et au niveau général ?

Le chapitre général est l’instance suprême de gouvernement qui élit le prieur général et son conseil. Il n’est plus composé de délégués de chaque fraternité comme auparavant, mais de tous les profès perpétuels. Le prieur général est élu pour cinq ans (au lieu de sept auparavant), renouvelable une seule fois. Il exerce son service en collaboration avec son conseil, mais désormais aussi en dialogue régulier avec l’assemblée des prieurs locaux. Il peut réunir l’assemblée générale de tous les frères pour approfondir certaines questions de fond. Il exerce son gouvernement dans un esprit de subsidiarité.

  • Quel est le style de vie pour habiter la ville ?

Le rythme de vie et le rapport au temps sont les curseurs qui règlent notre vie de moine « dans et avec » le monde contemporain. Le but consiste à préserver l’équilibre entre solitude et relations, prière et travail, vie communautaire et accueil. Sans trouver de formule magique pour résoudre les tensions générées par ce style de vie, l’assemblée générale s’est longuement penchée sur la question, soulignant la responsabilité de chaque frère – à son propre égard et à l’égard des autres. Dans cette dynamique, au retour de l’assemblée, les frères mettent dès à présent ceci en œuvre.  

  • Quelles sont les évolutions pour la formation ?

La formation initiale est confiée à un maître des novices ; celui-ci collaborera désormais avec une équipe de formation. L’implication de la communauté locale dans le chemin de formation est renforcée. La charte de formation a été approuvée par l’Assemblée générale ad experimentum. Elle clarifie les étapes qui sont largement ouvertes à des ressources externes à la communauté  et diversifiées. 
La formation continue est destinée à approfondir la vocation de chaque frère tout au long de sa vie. Elle est coordonnée et stimulée par un modérateur de la formation continue.

  • Quelles sont les options pour la gestion des biens et la protection sociale ?

L’administration des biens doit être réalisée en toute transparence et au service de la vocation, en développant les solidarités entre les fraternités. L’économe général et les économes de fraternité doivent associer une équipe de laïcs et s’appuyer sur leurs compétences.  Les budgets prévisionnels doivent être approuvés par le chapitre.
Les premières années de la réforme ont vu la création d’un conseil pour les affaires économiques et sociales, impliquant des experts compétents, accompagnant l’institut et les fraternités locales. Il fournit au prieur général des avis sur les choix économiques et la protection sociale. Le chapitre des frères a souhaité pérenniser cette structure déjà porteuse de fruits.
Les salaires du travail des frères constituent les ressources principales de la Fraternité. Jusqu’alors, l’institut ne pouvait pas posséder de biens immobiliers. Tout en maintenant l’esprit de pauvreté communautaire, et pour faire face aux besoins futurs en matière de vieillesse et de formation, l’institut pourra désormais recourir à la capitalisation, à l’acquisition de biens immobiliers ou à l’appel de dons et legs. Un Directoire économique précise les orientations, ainsi que les règles de transparence et de rigueur de gestion ; une première rédaction a été validée par l’assemblée générale et constitue une feuille de route pour la gestion des biens ; elle sera peu à peu complétée.

frères Grégoire et Marc-Abraham

« Un des points qui m’a le plus marqué dans la démarche mise en œuvre 
pour rédiger nos nouvelles Constitutions, c’est l’écoute. 
L’écoute de l’Esprit Saint, l’écoute de l’Église, l’écoute de nos supérieurs 
et de chacun de nos frères. Cette écoute a permis que nous soyons 
dans un grand climat d’unité, de paix et de joie. »
(frère François-Marie, Strasbourg)

«  Lors de notre dernière Assemblée Générale, j’était surpris 
de voir l’attention portée à chaque frère, dans la prise 
en compte de son avis personnel. Chacun des participants 
a pu exprimer son avis et sa pensée, en les justifiant, jusqu’ à la 
dernière phase du processus de décision. Un grand merci à notre 
animateur, qui a su, avec patience, nous conduire, nous motiver, nous 
faire prendre du recul ; je n’oublie pas l’équipe d’animation et celle de 
rédaction, car, l’évolution de nos travaux, les a contraints 
parfois à des heures de travail en soirée, après des journées déjà 
bien remplies. A tous et à chacun va ma gratitude ! » 
(frère Matteo, Vézelay)

« La possibilité pour tous les frères profès d’être présents a été 
un élément vraiment décisif et très formateur. Cela nous a donné 
une conscience nouvelle de la responsabilité de chacun, et du corps communautaire que nous formons. Je crois que nous avons vécu cela 
comme une expérience spirituelle, au sens fort d’une présence de 
l’Esprit Saint que nous sentions à l’œuvre, en train de créer notre unité, construisant sur le vif ce petit bout d’Église que nous sommes. »  
(frère Charles-Marie, Florence)

EN COMMUN     

Deux paragraphes communs aux frères et aux sœurs

Comment évolue la relation entre les frères et les sœurs ?

L’institut des frères et celui des sœurs ont désormais des constitutions bien différentes, élaborées distinctement et en dialogue. Chaque institut a conduit son travail d’élaboration selon ses enjeux propres. Par delà ces chemins différents, les convergences essentielles demeurent, tout en respectant le style propre aux frères ou aux sœurs. 

Mais plus encore, cette distinction permet enfin d’aborder clairement les processus de collaboration entre les deux instituts selon le principe de l’altérité et de la reconnaissance mutuelle. Pour les décisions communes aux deux instituts ou à deux fraternités sur le même lieu, un directoire ad experimentum propose les processus pour aboutir à des décisions partagées.

Deux paragraphes emblématiques ont été élaborés et votés conjointement par les sœurs et les frères : celui qui développe les modalités de leur communion, et celui qui concerne la liturgie. Ces deux paragraphes s’insèrent à l’identique dans leurs deux constitutions.

Quel est le contenu du texte commun sur la communion entre les frères et les soeurs ?

En voici quelques citations : 

La communion entre les frères et les sœurs s’exprime dans le nom de « Fraternités monastiques de Jérusalem ». Le don de la fraternité universelle dans le Christ ressuscité en est le fondement. Respectant les spécificités des sœurs d’une part et des frères d’autre part, les deux Instituts s’exercent à accueillir leur altérité, pour progresser dans une juste communion. Cette communion se réalise par des relations mutuelles, par la collaboration dans certains domaines, et dans la célébration liturgique. Ces relations sont vécues dans un esprit simple, fraternel et chaste, dans une proximité respectant une juste altérité, dans un esprit de reconnaissance, de gratuité et d’ouverture. L’accueil et le partage des dons réciproques peuvent conduire à la découverte de nouveaux chemins et à un enrichissement mutuel.

Et concernant la liturgie ?

Voici quelques extraits du texte commun sur la liturgie : 

L’Eucharistie, “source et sommet de toute vie chrétienne”, est le lieu où se réalise au mieux la communion des frères, des sœurs et des fidèles avec le Christ et entre eux. Elle les engage dans un chemin d’offrande et de sanctification. Elle construit le lien d’unité, de solidarité et de fraternité qui s’étend à toute l’humanité. (…)

Les frères et les sœurs assument ainsi leur mission de louange et d’intercession pour et avec leurs contemporains, et ils désirent entrer avec eux toujours davantage dans le mystère d’alliance avec Dieu. Ainsi vécue, la liturgie anime et informe leur vie et leur relation au monde. Elle jalonne leur chemin d’unification intérieure et soutient leur pèlerinage sur la terre. (…)

Les frères et les sœurs célèbrent la liturgie ensemble avec les fidèles, tournés vers l’autel, manifestant par là visiblement que toute leur existence est orientée et tendue vers le Christ. L’assemblée ainsi constituée devient le signe du peuple de Dieu où tous, baptisés en Christ, sont appelés à la sainteté. (…)

Tout en demeurant enracinés dans la liturgie romaine issue de Vatican II, les frères avec les sœurs puisent dans les richesses liturgiques de l’Orient et de l’Occident. Ils chantent autant que possible en polyphonie. Les frères et les sœurs célèbrent la liturgie dans le respect de leurs ministères et de leurs compétences. Ils honorent ainsi leur volonté de cheminer ensemble vers l’unité en harmonisant et en valorisant leurs diversités.

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