Edito – Pourquoi « Échos » ?
Un écho n’est jamais une simple répétition. Il est une parole qui voyage, qui se prolonge, qui trouve un nouvel espace où résonner.
Un écho relie des lieux éloignés, fait entendre une même voix sous des formes différentes et révèle une unité que l’on ne perçoit pas toujours au premier regard.
C’est précisément ce que nous souhaitons partager à travers cette lettre, qui vient se substituer à “Discernement & Réforme”.
Au fil des lignes, vous découvrirez des nouvelles venues de Strasbourg, de Florence, de Paris, de Cologne, de Vézelay ou d’ailleurs. De l’Institut des Sœurs à celui des Frères, chacun raconte une réalité particulière. Pourtant, tous font écho à une même dynamique : celle d’une communauté engagée dans un profond travail de mise en œuvre et en actes de la réforme décidé lors des assemblées générales extraordinaires de l’été 2025.
Les décisions prises, les nouveaux projets, les réorganisations, l’attention portée aux plus fragiles, le soin apporté à la formation ou l’élan missionnaire auprès des jeunes ne sont pas des initiatives dispersées. Elles expriment une même volonté : faire grandir les Fraternités monastiques de Jérusalem dans la fidélité à leur charisme, pour mieux répondre aux appels de notre temps.
Un écho nous rappelle aussi qu’une parole continue de vivre longtemps après avoir été prononcée. Les assemblées générales ont ouvert un chemin. Les nouvelles Constitutions, en cours d’approbabtion, les choix de gouvernement, les évolutions des fraternités commencent aujourd’hui à produire leurs premiers fruits. Ce numéro en recueille les premières résonances.
Nous espérons que ces Échos vous permettront, non seulement de suivre la vie des Fraternités monastiques de Jérusalem, mais aussi de vous sentir unis à ce qui s’y construit. Car une communauté ne grandit jamais seule : elle avance grâce à la prière, à la confiance et à la communion de tous ceux qui portent avec elle le désir de faire résonner l’Évangile au cœur des villes.
Bonne lecture.
L’équipe « Information » des Fraternités de Jérusalem.
Sœur Jeanne, sœur Marlene, frère Grégoire, frère Marc-Abraham
et Pascal Beucler (membre des fraternités laïques de Jérusalem)
CÔTÉ SŒURS
Présence des sœurs au Mont-Saint-Michel :
entre continuité et nouveauté
Le projet de reconfiguration des frères (voir le Communiqué conjoint sur la présence des Fraternités Monastiques de Jérusalem au Mont-Saint-Michel) a été l’occasion pour les sœurs du Mont-Saint Michel de réfléchir, de manière renouvelée, au sens de leur présence en ce lieu. Elles ont mené cette réflexion communautaire à la lumière du Propos fondamental – approuvé par l’Institut des sœurs lors de l’Assemblée générale de juillet 2025 – qui présente « la vocation des sœurs de Jérusalem aujourd’hui ». Leurs échanges ont montré que ce lieu est un lieu porteur où chacune est heureuse dans sa vocation.
Et elles ont pu « rechoisir » ensemble de vivre, de prier et d’accueillir
au Mont-Saint-Michel.
C’est maintenant le temps de penser aux adaptations nécessaires dans les domaines de la liturgie, de la vie communautaire, de l’accueil. Les sœurs mènent ce travail de discernement à l’intérieur de la réalité naissante du Sanctuaire, dont les Statuts ont été signés, le 8 mai dernier, par monseigneur Cador, évêque de Coutances et Avranches.
Ces statuts canoniques encouragent tous les acteurs ecclésiaux du Mont à travailler ensemble : les Fraternités Monastiques de Jérusalem à l’Abbaye, les prêtres de la communauté Saint-Martin, les employés et les bénévoles de l’église Saint-Pierre, les salariés et les bénévoles du Prieuré d’Ardevon. Chacun œuvre, à sa place, à une mission commune : accueillir les pèlerins et faire connaître la dimension spirituelle du Mont-Saint-Michel. Une belle dynamique de collaboration ecclésiale se développe, porteuse d’espérance.
Création d’un Pôle Santé
Côté sœurs, un Pôle Santé se met en place dans l’esprit des nouvelles Constitutions en cours d’approbation. La finalité de ce Pôle Santé est de permettre l’accompagnement de la santé de chaque sœur depuis son entrée en communauté jusqu’au dernier jour de sa vie, en tenant compte de trois dimensions : la personne, la fraternité locale, l’Institut.
Le Pôle Santé se voit confier une triple mission :
– informer et sensibiliser selon trois axes : prévention, promotion, éducation à la santé ;
– apporter un soutien fraternel et permettre un accompagnement dans les domaines éthique, administratif, financier ;
– coordonner et favoriser la mutualisation des compétences à l’interne et à l’externe.
« Pour moi, ce chantier autour de la santé est un beau fruit de la réforme et du travail mené ces dernières années sur nos nouvelles Constitutions. Ces Constitutions nous invitent à prendre soin des sœurs malades et/ou âgées. Le sujet a émergé avec l’apparition de situations de dépendance, ce qui n’était sans doute pas le cas au moment de la fondation de l’Institut. La prise en compte de la vulnérabilité marque un tournant.
Ce qui me paraît également intéressant, c’est l’élargissement de cette réflexion à toutes les dimensions de la vie. L’heureuse trouvaille est de ne pas limiter la santé à la fin de vie ou aux situations de dépendance, mais d’inscrire ces questions dans toute l’existence, depuis l’entrée dans l’Institut jusqu’au dernier jour de notre vie. Le soin ne concerne pas seulement la
maladie : il touche aussi notre manière de vivre ensemble, le rythme de vie, le travail, la liturgie, ainsi que les équilibres personnels et communautaires. »
Sœur Lucie-Caroline, du Pôle Santé
Réadaptation de nos fraternités pour un surcroît de vie
L’Institut des sœurs montre, ces dernières années, des signes évidents de fragilisation. Cette situation exige de nous une réflexion sur les adaptations nécessaires que nous devons faire afin d’insuffler une nouvelle vitalité à nos fraternités. Il s’agit à la fois de préparer une réorganisation en profondeur de notre mode de vie quotidien, en tenant compte des priorités que nous avons définies dans le Propos fondamental et les nouvelles Constitutions en cours d’approbation, et d’effectuer un rééquilibrage des forces au sein de notre Institut.
Aidées par un cabinet de stratégie et de conseil en management qui accompagne des communautés religieuses depuis de nombreuses années, nous nous sommes engagées dans une réflexion d’Institut. Deux questionnaires nous ont été envoyés : un questionnaire individuel en ligne, pour une réflexion personnelle, et un questionnaire « communautaire » pour chercher des réponses communes en fraternité.
Ces questionnaires nous invitent à relire en profondeur la réalité concrète de chacun de nos lieux d’implantation à partir d’éléments objectifs et vécus : équilibre dans la répartition des services, fragilités particulières, « qualité » et défis de la vie fraternelle, rythme de vie, « soutenabilité » de la liturgie, mission, formation, viabilité à court et à moyen terme, sources de joies, inquiétudes…
Ils visent aussi à favoriser une parole vraie, lucide, et à initier la co-responsabilité pour aller ensemble de l’avant.
Ces questionnaires seront dépouillés et analysés par les professionnels du cabinet conseil. Et, après avoir recueilli les résultats de cette consultation, nous nous ferons aider par des personnes compétentes pour l’étape de discernement suivante.
Ce « chantier réadaptation » a pour but de permettre une viabilité sur le long terme de nos lieux d’implantation, un meilleur équilibre de vie, la persévérance et la croissance dans notre forme de vie, afin que nous soyons heureuses dans notre vocation de sœurs de Jérusalem.
Relancer la pastorale des jeunes
Dans l’élan du travail de discernement et de réforme, sœur Ida et son conseil ont invité l’ensemble des sœurs à porter une attention particulière aux jeunes et ont proposé qu’une sœur référente soit nommée dans chaque fraternité. Plusieurs d’entre elles ont suivi une formation à l’accompagnement spirituel des jeunes proposée par la Conférence des évêques de France ; certaines se sont retrouvées pour partager sur ce qui se vit dans leurs lieux d’implantation.
« Ces premières rencontres nous ont permis de mieux connaître la réalité de chaque fraternité, sa composition, ses capacités d’accueil et d’accompagnement, afin de pouvoir répondre de façon plus adaptée aux demandes des jeunes.
Nous avons aussi partagé sur les expériences vécues de ces derniers mois et notamment les sollicitations très diverses : de la part de la pastorale des jeunes d’un diocèse, de communautés religieuses ou de mouvements comme les scouts, les jeunes professionnels.
Des appels qui ont pu d’abord nous surprendre mais qui nous ont surtout aidées à dire notre disponibilité pour rejoindre les jeunes là où ils sont aujourd’hui et mieux les connaître avec leurs désirs, leurs espérances, leurs questionnements.
Enfin, nous avons pris le temps d’écouter et d’échanger avec les sœurs de la formation initiale qui rédigent la Ratio formationis de notre Institut. L’objectif était qu’elles nous aident à nous approprier ce nouveau parcours d’accueil et de formation des jeunes qui souhaitent mieux connaître notre charisme et notre vie, pour avancer ensemble, de manière cohérente. Tout cela est plein de vitalité et d’espérance. »
Sœur Claire-Annaël, référente jeunes de la fraternité de Vézelay
CÔTÉ FRÈRES
Une année pour préparer et lancer une reconfiguration des fraternités
Lors de l’assemblée générale de l’été 2025, les frères ont voté une résolution essentielle : ils demandaient au prieur général et au conseil qui seraient élus d’engager la mise en œuvre de la réforme sur la base du projet des nouvelles constitutions.
Cette feuille de route contenait plusieurs objectifs : être en mesure de reprendre l’accueil des vocations et la formation des candidats, prendre soin des frères dans leur équilibre personnel et leur vie spirituelle, et pour cela, envisager un redéploiement des frères avec, si besoin, la fermeture de fraternités.
Durant cette première année, les fraternités, les prieurs et le conseil ont travaillé conjointement pour que cette mise en œuvre se réalise dans le même esprit que celui qui a guidé le travail sur les constitutions. Outre ce travail de réorganisation, l’économat général a été renforcé et structuré pour fonder les évolutions de l’institut sur des bases économiques saines.
Nous vous présentons ici les points essentiels des décisions qui ont été promulguées à ce stade, et qui seront mises en œuvre dès le mois de septembre 2026. La fraternité de formation des novices sera établie à Strasbourg avec une nouvelle équipe de formation. Paris accueillera la maison du prieur général. Le rééquilibrage de nos forces vives conduit au retrait progessif des frères au Mont Saint-Michel ; la mission dans l’Abbaye évoluera avec une présence assurée par la fraternité des sœurs sans les frères, et la poursuite des collaborations ecclésiales déjà engagées. La fraternité de Vézelay est missionnée pour développer des retraites à destination des jeunes, le discernement des vocations et l’accompagnement des pèlerins.
À Strasbourg, une communauté formatrice
pour accompagner la croissance des candidats
Pour la formation des novices, le choix s’est porté vers la fraternité de Strasbourg. La communauté y est implantée depuis 1995 et l’environnement permet un bon équilibre de vie. Depuis plus de 30 ans, le diocèse soutient notre vocation en donnant à nos fraternités les moyens de la déployer, et nous en sommes reconnaissants. Le noviciat de l’institut des sœurs est aussi à Strasbourg, ce qui facilitera grandement les collaborations.
Frère Pierre-Emmanuel est nommé prieur de la fraternité. Pour lancer cette communauté formatrice dans sa nouvelle configuration, une “équipe projet” a été constituée sous la conduite de frère Jean-Christophe. La fraternité est internationale, formée de 7 frères dont plusieurs seront insérés dans une vie professionnelle ouverte au monde.
L’équipe de formation est nommée. Le chantier de la formation initiale et du discernement des vocations est piloté par frère Carlo qui achève actuellement sa formation de formateur à Rome. Les autres membres de l’équipe formatrice sont les frères Stéphane-Marie, Philippe et Jakub (certains ne résideront pas à Strasbourg). Ils pourront commencer à mettre en œuvre la charte de formation (Ratio formationis) votée l’été dernier.
À Paris, une maison centrée sur le gouvernement général
Au cours du travail sur nos constitutions, il s’est avéré nécessaire de donner au gouvernement général les moyens adaptés à son exercice.
Une maison du généralat sera installée à Paris en remplacement de l’actuelle fraternité.
Frère Charles, le prieur général, et frère Grégoire, un de ses conseillers, forment l’équipe opérationnelle du gouvernement : suivi des dossiers, pilotage des actions, ouverture ecclésiale, vision prospective, écoute vigilante des signes des temps pour une actualisation concrète et régulière du charisme. Frère Grégoire est chargé de la mise en place de ce dispositif.
Une attention particulière est portée sur le travail en équipe afin d’éviter le risque d’un isolement du prieur général. Le choix de Paris a pour but de renforcer le lien régulier avec le généralat de soeurs, mais aussi Mgr Emmanuel Tois, le délégué de l’archevêque (notre institut est de droit diocésain, sous la vigilance du diocèse de Paris), ou encore les autres instances ecclésiales : Conférence des religieux de France (CORREF), instances de formations, autres communautés religieuses, etc…
Deux à trois autres frères vivront dans la maison avec l’équipe de gouvernement. Leur activité sera orientée vers une vie professionnelle ou des études académiques. Tous seront unis par une même vie de prière et de partage fraternel. Sans être une fraternité classique, la maison du généralat sera dotée d’une structure communautaire simplifiée, adaptée au service de l’institut.
Un besoin nécessaire : rééquilibrer nos forces vives
Le constat du chapitre général a été sans appel : nos effectifs étaient trop faibles pour déployer une vie communautaire et une vie de prière équilibrées dans chacune de nos fraternités. D’où sa demande d’un redéploiement des frères.
Ainsi, la fraternité de Paris fait place à une équipe de généralat plus resserrée.
Quant à la fraternité du Mont-Saint-Michel, elle a été affectée ces dernières années par les problèmes de santé de plusieurs frères, entraînant des surcharges de travail au sein de la communauté. Depuis 6 mois, l’effectif est réduit à deux frères, sans possibilité de renfort évident. Continuer une vie “communautaire” à deux n’était plus envisageable sur la durée. Le retrait des frères a donc été décidé. L’institut des frères a choisi de prendre le temps d’assurer la transition avec la fraternité des sœurs et le sanctuaire jusqu’à l’été 2027 pour qu’un nouvel équilibre soit trouvé dans la mission de prière et d’accueil à l’Abbaye (voir le Communiqué conjoint sur la présence des Fraternités Monastiques de Jérusalem au Mont-Saint-Michel). Frère Matteo pilote à distance cette conduite de la transition, en collaboration avec frère Théophane qui assure le lien sur place jusqu’à l’été 2027.
À Vézelay, un pôle d’ouverture aux jeunes générations
La fraternité des frères de Vézelay participe à l’accueil des pèlerins et des visiteurs depuis 1993. En collaboration avec le diocèse de Sens-Auxerre, l’organisation des activités du Sanctuaire a été profondément renouvelée ces dernières années dans le but de se recentrer sur la mission spirituelle. En complément, la fraternité reçoit désormais de l’Institut des frères la mission de développer des propositions à destination des jeunes adultes.
Plus largement, un projet, piloté par frère Théophane, est lancé en lien avec toutes les fraternités pour déployer des propositions adaptées aux attentes et aux besoins des jeunes générations, à partir de notre identité propre constituée par la prière, la lectio divina, l’expérience monastique et fraternelle : accompagnement, discernement vocationnel, retraites spirituelles, pèlerinages.
Une conduite du changement et un déploiement de la subsidiarité
Les étapes de ces différents projets de transformation sont suivies conjointement par les prieurs afin de faciliter les collaborations entre fraternités. Par délégation du prieur général, frère Grégoire assure le soutien et la coordination des actions. Deux laïcs experts de la conduite du changement et de la gestion de projet nous assistent, et nous forment aux outils méthodologiques. Histoire de progresser dans le déploiement des actions sans disperser nos forces !
Les fraternités de Florence, Varsovie et Montréal sont encouragées à approfondir encore leurs modalités d’inculturation et apportent leur couleur propre dans le suivi des transformations de l’Institut.
L’économie au service de la vocation et de la mission
Frère Antoine-Emmanuel a été nommé économe général dès septembre 2025 pour mettre en œuvre les orientations économiques votées lors de l’assemblée générale. En tant qu’économe général, il collabore avec une équipe de laïcs pour élargir les compétences et les discernements. Dès à présent, une partie des manques de cotisations sociales a pu être régularisée, les comptes ont été consolidés, le dialogue et les partages entre les économes de chaque fraternité sont en place… Les collaborations se structurent avec l’économat général de l’institut des sœurs, avec les instances économiques d’autres congrégations, les diocèses et différentes fondations. Les experts, membres du Conseil aux affaires économiques et sociales, ont été nommés et le conseil joue déjà son rôle de proposition et de vigilance. Bref, la dynamique est lancée !
© 2026 Fraternités Monastiques de Jérusalem
Lettre d’information « Échos de la réforme » – [email protected]